Le Cirque, Insaf et ses gamins de cinéphiles au palais Bach Hamba

 

 

Insaf Machta, entourée de ses jeunes cinéphiles.

 

 

Oui c’est à Dar Bach Hamba, Samedi 10 février, au 40, rue Kottab El Ouzir, cette petite rue qui conduit à Souk El Blat au sud de la Médina. Ce petit joyau de l’époque hafside, ancienne propriété de Haj Ahmed Bach Hamba, passée ensuite entre les mains de l’Eglise, retransformée en musée méditerranéen par la fondation Orestiadi. C’est là à Dar Bach Hamba qui abrite depuis 2015 l’Association L’Art Rue que, en collaboration avec celle-ci, Insaf Machta anime un ciné-club avec des enfants du quartier pour l’Association Sentiers qu’elle préside. J’y étais. Le film, déjà visionné par les enfants, c’est Le Cirque de Charles Chaplin. Rien moins que ça ! Trois séquences au programme. Ils étaient une vingtaine, les gamins. Bien plus de filles que de garçons (est-il encore besoin de le remarquer ?) c’est comme ça. Mais quelle vivacité ! quel punch ! Quel pep ! Et Insaf au milieu, s’arrêtant sur tel détail de Charlot coincé de son propre fait dans une cage, arrêté net dans sa course effrénée et tétanisé face à un lion qui pour son bonheur (et le nôtre) se trouve plongé dans une torpeur subtilement bien programmée par Charly, oui l’autre magicien ; ou (toujours Charlot) faisant le funambule sur un ténu fil, très haut au-dessus des spectateurs et désormais lâché par une ceinture traitresse, assailli par des singes dont on ne sait plus ( ce sont les gamins qui le faisaient remarquer !) s’ils étaient là pour le déstabiliser ou l’aider à se tenir en équilibre ; ou encore (Charlot toujours), se lâchant sur un vélo accroché là (un autre hasard programmé) pour se laisser conduire, à vive allure, bien loin du chapiteau du cirque jusque dans un magasin de je ne sais quoi rentrant dans le derrière du commerçant. Le spectacle se poursuivant au delà des limites du cirque… Mais il fallait les suivre ces petits diables, réunis autour de Insaf, colloquant, chicanant, disputaillant, parfois ergotant sur des détails de mise en scène dont on penserait qu’ils sont l’apanage des spécialistes de l’analyse filmique. Deux heures durant. Alors, évidemment, il y en avait qui ne tenaient pas toujours en place ; il faut dire que la journée avait commencé depuis tôt le matin mais c’est impressionnant les remarques qu’ils osaient. Après, c’est notre amie Insaf qui devait reprendre telle ou telle remarque, attraper la réflexion pas toujours audible du fait de la timidité de son auteur, pour rebondir là-dessus et relancer la discussion. Et toujours dans la bruyante hilarité générale. Mais quel bonheur, Chaplin aux prises avec les petits gamins rue Kottab El Ouzir, au sud de La Médina, un samedi après-midi ! Je peux vous dire que, à la sortie de la séance, Insaf n’avait pas l’air de rentrer d’une semaine de vacances passée dans une station de ski. Epuisée, vidée, mais ivre de bonheur. Elle avait bien raison. Ne parlons pas de qui l’a vue ou pas vue… Elle ne le fait pas pour ça.

Tahar Chikhaoui

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